Centuri : le port de pêche du bout du Cap Corse
04 juillet 2026
·
Local Guide
Il y a des endroits où la route s'arrête, tout simplement. Centuri est de ceux-là. Passé les derniers lacets qui descendent de la D80, tu débouches sur une poignée de maisons aux toits de lauze verte, serrées autour d'un port minuscule où les barques se balancent entre deux digues de pierre. Bienvenue au bout du Cap Corse, côté ouest, dans un village où tout tourne autour d'une reine : la langouste rouge. Centuri n'a rien d'une station balnéaire. Pas de front de mer bétonné, pas de club de plage, pas de rangées de parasols. Juste un port de pêche encore en activité, quelques terrasses les pieds dans l'eau et un sentier mythique qui file vers la pointe de l'île. Dans ce guide, on t'emmène à la découverte du premier port langoustier de France : son histoire, ses coins de baignade, le fameux sentier des douaniers qui y aboutit, et toutes les infos pratiques pour organiser ta visite sans mauvaise surprise.
Centuri, un village de pêcheurs au bout du Cap Corse
Centuri occupe la pointe nord-ouest du Cap Corse, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Bastia. La commune ne se résume pas à sa marine : elle rassemble plusieurs hameaux accrochés à la pente, comme Camera et son église Saint-Sylvestre, Ortinola et son surprenant château de Bellavista de style néo-médiéval, ou encore Merlacce et sa tour-château. Le port, lui, se mérite : il faut quitter la route principale et dérouler quelques kilomètres de virages pour le rejoindre, tout en bas.
Une fois sur les quais, le décor justifie largement le détour. Des façades aux teintes pastel, des toits couverts de lauze verte typiques de l'architecture du Cap, des barques de pêche colorées dans un bassin grand comme un mouchoir de poche. Le port n'accueille d'ailleurs que des bateaux de moins de 10 mètres, avec un tirant d'eau limité à 2 mètres : les grosses unités passent leur chemin, et c'est très bien comme ça.
Face à la marine, l'îlot de Capense joue les gardes du corps. Cette presqu'île détachée de la côte, d'un peu plus de 3 hectares pour 47 mètres de haut, protège le port du libecciu, le vent dominant de sud-ouest. Elle appartient à la réserve naturelle des îles du Cap Corse, aux côtés de la Giraglia et des îlots Finocchiarola, un ensemble suivi de près par le Conservatoire du littoral. Goélands d'Audouin, cormorans huppés et puffins cendrés nichent sur ces cailloux battus par les embruns : pense aux jumelles.
À l'année, le village compte à peine plus de 200 habitants. Hors saison, Centuri vit au ralenti et une bonne partie des commerces ferme ; l'été, les terrasses du port affichent complet dès midi.
La langouste de Centuri, une tradition née au XVIIIe siècle
Si le nom de Centuri circule bien au-delà de la Corse, c'est grâce à un crustacé. La pêche à la langouste s'y pratique depuis le XVIIIe siècle, et le village est régulièrement présenté comme le premier port langoustier de France. Une partie des habitants vit toujours de cette activité : en saison, les bateaux sortent au petit matin pour relever les filets posés au large de la pointe.
Le calendrier suit la ressource. L'hiver, les pêcheurs se tournent vers les oursins ; au printemps, les langoustiers reprennent du service et la vedette locale revient sur les cartes des restaurants. La star, ici, c'est la langouste rouge, reconnaissable à sa carapace épineuse. Sa pêche est encadrée par une réglementation rigoureuse, pensée pour préserver une ressource fragile. Le média nautique Bateaux.com a consacré un reportage complet à cette activité, tourné sur les quais de Centuri.
Sur place, la tradition se voit à l'œil nu : viviers devant les restaurants, casiers et filets empilés le long des digues, allées et venues des bateaux en matinée. Les tables du port cuisinent la pêche locale, langouste en tête, souvent grillée ou servie avec des pâtes. Petit conseil : c'est un produit rare, donc cher. Jette un œil aux prix avant de t'installer, tu éviteras les sueurs froides au moment de l'addition. Et si ton budget ne suit pas, le poisson du jour reste une valeur sûre, pêché à quelques encablures de ta table.
Que voir et que faire autour du port ?
Le tour de la marine se boucle en dix minutes, mais on y traîne volontiers bien plus longtemps. Les photographes apprécient particulièrement la lumière de fin de journée : Centuri regarde vers l'ouest, un cas assez rare sur le Cap pour profiter d'un coucher de soleil face à la mer, un verre à la main sur les quais.
Patrimoine et points de vue
À deux pas des quais, la chapelle Saint-Antoine fait face à la mer, près de la tour de Centuri. Dans les hameaux du haut, tu peux pousser jusqu'à l'église Saint-Sylvestre de Camera ou apercevoir le château de Bellavista à Ortinola, curiosité néo-médiévale plantée au-dessus de la Méditerranée. Côté marche, une boucle au départ du port grimpe vers le Cap Grosso et son sémaphore par le sentier littoral, avec un retour par les crêtes et le moulin Mattei : panorama sur toute la pointe du Cap et, par temps clair, sur les îles toscanes qui se découpent à l'horizon.
Où se baigner à Centuri ?
La baignade dans le port lui-même est déconseillée, à cause des mouvements des bateaux de pêche. Juste au sud de la marine, une petite baie de galets fait office de plage de proximité ; une école de plongée y ouvre en juillet-août. Pour poser ta serviette plus confortablement, direction la plage de Mute, sur la commune voisine de Morsiglia, à un peu plus d'un kilomètre du port : une plage sauvage dont l'eau de baignade est classée de très bonne qualité par les analyses officielles.
Le sentier des douaniers : finir (ou commencer) par Centuri
Centuri marque l'extrémité ouest du sentier des douaniers, l'itinéraire littoral le plus connu du Cap Corse. Compte 19 kilomètres entre Macinaggio et Centuri, le long d'espaces naturels protégés, et plus de 8 heures de marche pour avaler l'ensemble. Le parcours se découpe en trois tronçons : Macinaggio-Barcaggio en 3 h à 3 h 30, Barcaggio-Tollare en 45 minutes, puis Tollare-Centuri en 4 heures environ, la portion la plus longue et la plus sauvage.
Depuis Centuri, le départ est simple : longe la côte vers le nord à partir du port, le balisage fait le reste. En chemin, tu croises des tours génoises, des criques désertes, un maquis sculpté par le vent et les dunes de Barcaggio, plaquées jusqu'à 20 mètres d'altitude, un exemple rare de dunes hautes et mobiles en Corse. C'est aussi l'occasion de piquer une tête sur la plage de Barcaggio, à mi-parcours.
Quelques précautions s'imposent. Il n'y a aucun point d'eau sur l'itinéraire : charge ton sac en conséquence. Évite les jours de grand vent, le risque d'incendie pouvant entraîner la fermeture des massifs. Et si l'aller-retour à pied ne te tente pas, des solutions existent en saison : navette maritime entre Macinaggio et Barcaggio, taxis pour relier Centuri à Macinaggio. Pense à réserver avant de partir. Tu trouveras le détail des tronçons et des liaisons sur la fiche dédiée de l'office de tourisme du Cap Corse.
Venir à Centuri et rayonner vers les plages voisines
En voiture, une seule option : la D80, la route qui fait le tour du Cap Corse. Depuis Bastia, compte une cinquantaine de kilomètres de virages en corniche. La conduite demande de l'attention, surtout dans la descente finale vers la marine, étroite et sinueuse. Un parking se trouve juste avant le port ; il se remplit tôt les journées d'été, vise la matinée si tu veux déjeuner sur place sans tourner en rond.
Côté calendrier, le printemps (mai-juin) et l'arrière-saison (septembre-octobre) offrent le meilleur compromis : douceur, belle lumière et fréquentation raisonnable. Juillet et août ont leur charme aussi, avec un port en pleine effervescence, mais les terrasses et le stationnement saturent vite.
Autour de Centuri, les options de baignade ne manquent pas. Outre la plage de Mute déjà citée, la plage de Barcaggio, à la pointe nord du Cap, vaut le déplacement : sable clair, eau limpide et vaches en liberté qui déambulent entre les serviettes, un spectacle suffisamment insolite pour que France 3 Corse lui consacre un reportage. Tu y verras des banquettes de posidonie séchée en bord d'eau : elles protègent la plage de l'érosion et l'herbier est une espèce protégée, alors on regarde, on ne touche pas. De l'autre côté du Cap, la plage de Macinaggio et les criques voisines de Tamarone ou Cala Genovese complètent le tableau pour une journée plus familiale, avec commerces et activités nautiques à portée de main.
Questions fréquentes
Peut-on se baigner à Centuri ?
Oui, mais pas dans le port, où les mouvements des bateaux de pêche rendent la baignade dangereuse. Une petite baie de galets se trouve juste au sud de la marine, et la plage de Mute, sur la commune de Morsiglia, est à un peu plus d'un kilomètre, avec une eau classée de très bonne qualité.
Quand déguster la langouste de Centuri ?
La pêche à la langouste reprend au printemps et bat son plein pendant la belle saison ; l'hiver, les pêcheurs se consacrent plutôt aux oursins. C'est un produit rare et encadré par une réglementation stricte, donc coûteux : vérifie les prix à la carte avant de commander.
Combien de temps faut-il pour le sentier des douaniers depuis Centuri ?
Le sentier relie Centuri à Macinaggio en 19 kilomètres, soit plus de 8 heures de marche au total. Le tronçon Centuri-Tollare demande à lui seul environ 4 heures. En saison, des taxis et une navette maritime permettent d'éviter le retour à pied, pense à réserver.
Quelle est la meilleure période pour visiter Centuri ?
Mai-juin et septembre-octobre combinent météo agréable et fréquentation modérée. En plein été, le port est très animé mais le stationnement sature vite. Hors saison, le village tourne au ralenti et une bonne partie des commerces et restaurants ferme.
Centuri se mérite : des kilomètres de virages, un parking parfois plein, aucune étendue de sable fin à l'horizon. Et c'est exactement ce qui fait son prix. Ici, tu ne visites pas un décor monté pour l'été : tu poses le pied dans un port qui travaille encore, où la langouste sort de l'eau le matin et arrive sur les tables à midi. Ajoute le sentier des douaniers, l'îlot de Capense et les plages sauvages du bout du Cap, et tu tiens une étape solide pour ton itinéraire corse. Pour préparer la suite du voyage, file explorer la carte interactive de FrancePlages et les fiches des plages de Haute-Corse : de quoi construire ton tour du Cap, plage par plage.


